Les hémorroïdes surviennent fréquemment au cours du troisième trimestre de la grossesse. Elles sont liées à la pression exercée par l’utérus sur le système veineux pelvien, à l’augmentation du volume sanguin et aux modifications hormonales qui rendent les parois veineuses plus lâches. La constipation, fréquente chez la femme enceinte en raison des traitements par fer et de la modification du transit, aggrave généralement le tableau. La majorité des cas sont bénins et peuvent être soulagés par des mesures simples et sûres adaptées à la grossesse.
Causes et facteurs favorisants
Plusieurs mécanismes expliquent l’apparition ou l’aggravation des hémorroïdes en fin de grossesse :
- compression mécanique des veines pelviennes par l’utérus en croissance ;
- augmentation du retour veineux et du volume sanguin ;
- effet relaxant des hormones (progestérone) sur la paroi veineuse ;
- constipation et efforts prolongés à la défécation ;
- prise de poids et position allongée prolongée ou station debout prolongée.
Signes cliniques habituels et symptômes à surveiller
Les symptômes typiques sont une sensation de brûlure, de gêne anale, des démangeaisons, une tuméfaction périnéale et parfois un saignement discret lors des selles. Un prolapsus (une boule qui ressort à l’anus) est possible ; il se réintègre souvent spontanément. En revanche, certains signes imposent une évaluation urgente :
- douleur très intense et soudaine ;
- hémorragie importante (saturation d’un linge ou saignement persistant) ;
- fièvre ≥ 38 °C ou signes infectieux ;
- impossibilité d’évacuer les selles pendant plus de 48 heures malgré les mesures simples.
Gestes immédiats et sûrs à réaliser à domicile
La plupart des symptômes peuvent être améliorés rapidement par des mesures non médicamenteuses :
- bains de siège tièdes (37–40 °C) pendant 5 à 10 minutes, plusieurs fois par jour, après les selles si possible ;
- compresses froides appliquées 10–15 minutes pour réduire l’œdème et la douleur ;
- hygiène locale douce, sans savon agressif, et séchage par tamponnement ;
- éviter de rester assise ou debout trop longtemps ; alterner positions et surélever les pieds pour faciliter la défécation ;
- ne pas pousser excessivement à la selle ; limiter la durée de la défécation.
Médicaments et produits locaux compatibles avec la grossesse
Avant toute application, demandez l’avis de votre sage‑femme, gynécologue ou médecin traitant. En général :
- le paracétamol est l’antalgiques de choix pendant la grossesse, en respectant la dose maximale recommandée ;
- les anesthésiques locaux topiques et certaines pommades hémorroïdaires peuvent être utilisés ponctuellement si validés par un professionnel de santé ;
- les laxatifs osmotiques (macrogol) et les suppléments de fibres (psyllium, son) sont recommandés pour traiter ou prévenir la constipation chez la femme enceinte ;
- évitez les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sauf avis médical et évitez les médicaments non indiqués pendant la grossesse.
Que faire en cas de thrombose hémorroïdaire ou de douleur majeure ?
Une thrombose hémorroïdaire externe (caillot douloureux) peut provoquer une douleur brutale et intense. Si la douleur est sévère et invalidante, une consultation en urgence est recommandée ; un geste ambulatoire mineur (incision et évacuation du caillot) peut être proposé par un proctologue ou en milieu chirurgical, même pendant la grossesse, selon l’évaluation clinique.
Prévention et conseils pratiques pour le troisième trimestre
Pour réduire le risque de récidive et de complications :
- adoptez une alimentation riche en fibres (légumes, fruits, céréales complètes) et buvez suffisamment (1,5–2 L/jour selon les recommandations médicales) ;
- traitez la constipation de façon préventive avec des fibres ou un laxatif osmotiques si nécessaire ;
- pratiquez une activité physique adaptée (promenade, natation) pour stimuler le transit ;
- évitez les efforts de poussée prolongés lors de la défécation ;
- portez des vêtements amples et évitez la chaleur excessive et les bains trop chauds prolongés qui peuvent aggraver l’œdème.
Suivi après l’accouchement et rééducation
Après l’accouchement, de nombreuses hémorroïdes régressent spontanément avec la diminution de la pression pelvienne. Une rééducation périnéale peut aider à améliorer le tonus musculaire et à prévenir de nouvelles poussées. Si les symptômes persistent, une consultation en proctologie est indiquée pour discuter des options (traitements locaux prolongés, sclérothérapie, ligature élastique ou, rarement, chirurgie), généralement différées après le terme et l’allaitement selon les cas.
Quand consulter d’urgence ?
Consultez rapidement ou rendez-vous aux urgences si vous avez : saignement abondant, douleur insupportable, fièvre, signes d’infection locale, ou impossibilité d’évacuer les selles malgré les mesures habituelles. En cas de doute, contactez votre sage‑femme ou votre gynécologue : mieux vaut une évaluation rapide pour éviter les complications.
Sources et recommandations : sociétés professionnelles françaises (HAS, SNFCP) et revues cliniques spécialisées. Cet article donne des informations générales et ne remplace pas un avis médical personnalisé. En cas de symptômes, parlez-en à votre professionnel de santé.







